Marlène Léautier: une châtelaine en toute simplicité ( article du Midi Libre du 20 juillet )

La propriétaire du château d’Aujac met en valeur ce bien familial.

Dressé sur un éperon à 600 m d’altitude au croisement de l’Ardèche, du Gard et de la Lozère, le château d’Aujac paraît comme endormi. Seul le sifflement du vent qui met à rude épreuve les épais murs de pierre se fait entendre.

 

C’est ici qu’habite Marlène Léautier depuis huit ans. Dans l’ancien colombier du château, plus exactement. Et c’est dans cette minuscule pièce encombrée de quatre bergers allemands, à peine éclairée par la lumière du jour, qu’elle reçoit. Marlène Léautier a beau avoir grandi dans ce château du Moyen-Âge et avoir eu comme jardin 30 hectares de vignes et de prairies, elle a su cultiver son sens de la simplicité.

 

Et pour cause : dans son nom, point de particule encombrante ; dans sa généalogie, aucune trace de duc ni de comte. « Mes aïeux étaient exploitants agricoles. Après la Révolution, ils ont acheté les terres pour les cultiver. Il se trouve que le château était là. Alors, ils l’ont pris avec », explique-t-elle tout de go.

Un nouveau regard sur le décor de son enfance

Ce n’est que bien plus tard que l’idée de valoriser les lieux germe. « Ma grand-mère a été la première à réaliser la valeur de ce patrimoine. Elle était en avance sur son temps. En 1969, elle a ouvert le château au public. » Mais l’accueil sur place manque de cadre, les curieux vont et viennent à toute heure d’une pièce à l’autre, interrompant parfois les déjeuners privés. Une présence que certains membres de la famille vivent mal quand Marlène elle, décide de s’éloigner pour « se perdre » à Nîmes.

Elle y rencontre Gilbert, l’homme de sa vie. Cet homme de théâtre, écrivain et passionné d’histoire va profondément transformer le regard qu’elle porte sur le décor de son enfance. « Moi j’avais toujours baigné dans cet univers. Il m’a fait ouvrir les yeux sur l’importance de cet héritage et sur ma responsabilité de le préserver et de le faire connaître. » Dans les années 90, le couple rouvre le château au public mais, cette fois, avec une entrée, des horaires et des guides. Grâce à des subventions et au secours de la Fondation du patrimoine, une tour et certaines dépendances sont restaurées. Le chantier dure quatre années pendant lesquelles le duo vogue d’archives en archives pour reconstituer un peu de l’histoire des lieux.

Visites et reconstitutions

« On sait que le château a été construit au XIIIe siècle sur une demande conjointe de la famille d’Anduze et de l’évêque d’Uzès. Il a ensuite été racheté par la famille Cubières et a fait l’objet de plusieurs rajouts, notamment du « manoir », bâti au XVIe siècle », explique Marlène.

Depuis l’arrivée de ses ancêtres en 1794, l’endroit livre ses secrets au compte-gouttes, au gré de fortes pluies ou de sangliers têtus qui déterrent tantôt un bout de poterie, tantôt une pièce de monnaie.

À chaque fois, Marlène et son époux sollicitent l’avis des experts. C’est ainsi que Nicolas et Soline, docteurs en histoire, arrivent un jour à Aujac. Entre Gilbert et Marlène, qui rêvent de redonner vie au château et Nicolas et Soline, qui, épris de reconstitution historique, foisonnent de projets, naît une certaine alchimie. En 2017, Nicolas, Soline et quelques complices enfilent leurs costumes d’époque et partagent un repas 100 % XVIIIe siècle devant des visiteurs ébahis. L’expérience se répète l’année suivante et des comédiens prennent d’assaut le château le temps d’un week-end. Nicolas en rit encore : « On a demandé aux gens de choisir entre assaillir ou être assaillis. Il leur a fallu quelques secondes pour décider… »

L’an dernier, le château replongeait au temps de la Bête du Gévaudan et vivait la préparation d’une traque. « Ici, nous sommes complètement libres d’imaginer toutes sortes de passerelles entre le passé et le présent », confie Soline que Marlène écoute l’œil attendri. « Ils sont experts en leur domaine et soucieux de la cohérence historique de ce qu’ils créent. Mais surtout, ils ont ce petit grain de folie qui, désormais, habite les lieux. »

Infos pratiques : le château d’Aujac est situé sur la commune d’Aujac (Gard) et représente le point culminant de la vallée de la Cèze (600 m d’altitude). Ouverture : du 14 juillet au 23 août, de 14 h à 19 h, sauf le lundi. Toutes les infos sur le site www.chateau-aujac.org ou sur la page Facebook du Château du Cheylard d’Aujac. Tél. 06 86 66 20 66.

Chaque premier week-end d’août se tient une reconstitution historique animée par Nicolas et

Soline au château d’Aujac. Cette année, l’événement est maintenu les 1er et 2 août, mais se tiendra en format réduit. Le château plongera en temps d’épidémie, confronté au confinement.

Une autre animation est prévue le dernier week-end d’octobre.

Toute la chronologie du château d’Aujac

XIIIe siècle : début de la construction du château. 1794 : les Rigal, ancêtres de Marlène Léautier, rachètent le château et ses terres. 1969 : Augusta, la grand-mère de Marlène, ouvre le château au public. 1994 : réouverture au public par Marlène et Gilbert, son époux. 2012 : installation du couple au château. 1998-2002 : chantier de rénovation d’une partie du château. 2016 : reconstruction du pont-levis. Depuis 2016 : en lien avec le centre de Castellologie de Bourgogne (Cecab), de nouvelles recherches sont menées qui donneront lieu à la publication d’une revue l’an prochain.

Mathilde Leleu
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