Trois étudiants passionnés passent le loup à la loupe au Brouzet ( article du Midi Libre du 25 juin 2020 )

Is ne le voient pas, mais ils savent qu’il est là. Parce que ses empreintes sont à nulles autres  pareilles. Larges, longues, si différentes de celle du chien, pas de doute, le loup est passé par là, pas loin de la Cèze et il a remonté la draille pour se perdre dans la forêt.

Voilà plusieurs jours, que trois étudiants, sous la conduite d’Antoine Nochy, ingénieur-écologue et l’un des meilleurs spécialistes européens de ce canidé, se lèvent chaque matin au Brouzet, un hameau d’Aujac, un mètre pliant dans une main et un calepin dans l’autre, pour relever des indices du passage de l’animal.

Les indices soigneusement notés sur un calendrier qui permettront d’établir son rythme de vie en fonction des mois lunaires : « Ici, tel jour, il était seul… Ah, là, ils étaient deux et encore plus tard et plus loin une petite meute… Ça en dit long sur la vie du loup dans notre région de moyenne montagne, en dehors des périodes neigeuses durant lesquelles il est plus facile de le pister. »

Les trois étudiants rencontrés après une journée de traque sont des passionnés et viennent d’horizons divers.

Hadrien est d’origine suisse et se partage entre Paris et la Drôme. Il a achevé un Master en sciences cognitives, spécialité éthologie. Il s’est d’abord intéressé aux bonobos, maintenant, il se focalise sur les grands carnivores.

Thaana est Cévenole, mais étudie aux Pays-Bas dans une filière éco-éthologique. Elle a en vue deux mémoires, l’un sur le loup en captivité et passera, pour cela, six mois en Autriche, l’autre, elle le souhaite, avec Antoine sur le loup sauvage. Pour tous les deux, les portes de la recherche avancée s’ouvriront à la fin de leurs études.

Le troisième est le plus jeune. Louison, 22 ans, a un parcours déjà bien rempli. Il est diplômé en biologie et suit les cours d’aménagement et d’environnement à l’université de Tours. L’an prochain, il veut se pencher sur la gestion de la faune sauvage et son habitat. Il a trouvé dans le nord du Québec une école proposant un cursus répondant parfaitement à ce souhait. Alors va pour une année au Québec…

Une adaptation du plan national loup

Tout cela peut paraître bien fumeux mais qu’on ne s’y trompe pas, il y a du concret. Ainsi, la région Nouvelle Aquitaine a demandé à Antoine Nochy de réfléchir à une adaptation du plan national loup, inapplicable en l’état… À l’heure où une commission citoyenne s’interroge sur le monde d’après et formule ses suggestions pour qu’il soit meilleur, Hadrien, Thaana, Louison auront peut-être leurs mots à dire et leurs idées novatrices à faire valoir.