Article du Midi Libre du 25 février ( école d’Aujac )

En Cévennes, il était une fois, la classe unique d’Aujac

Ils ont de 4 à 10 ans, viennent de plusieurs hameaux et villages et constituent la seule classe de l’école d’Aujac.

La porte d’entrée est discrète. Elle se trouve au fond du village, à 50 mètres de la mairie. Si on la rate et qu’on fait quelques pas de plus, on se retrouve au milieu des champs.

Bienvenue à l’école élémentaire d’Aujac. Ici, chaque élève nous accueille par un bonjour. Ils sont onze, on peut tous les citer : Hugo, Nathanaël, Lily, Solal, Thibaud, Lionel, Kylian, Gabriel, Aylan, Tom et Margaux. Venus d’Aujac, de Bonnevaux, ou du hameau des Alègres, ils font partie de la même classe : celle d’Aurore Sekely.

 

Onze élèves du CP au CM2

Pourtant, tous n’ont pas le même âge. Le plus petit a 4 ans et le plus grand 10. « Normalement, c’est une école qui va du CP au CM2, explique la maîtresse. Mais on peut faire des dérogations pour la maternelle. »

Aurore Sekely dirige l’une des rares classes uniques de France. Une classe où tous les élèves ont une même institutrice, mais où, bien sûr, on leur enseigne le programme de leur propre niveau.

Ce vendredi matin, par exemple, Aurore prend un moment avec les maternelles, dans une petite salle. Pendant ce temps, les grands font une lecture silencieuse encadrés par deux autres adultes : Pascale Poilroux (Atsem) et Christine Breton (accompagnante d’élève en situation de handicap).

« Écoutez cette phrase, dit la maîtresse à Margaux, Tom et Aylan : Léo a lavé le tapis. Vous allez faire des pas dans la classe. A chaque mot, vous avancez d’un pas. » Les trois enfants marchent. Ils reconnaissent déjà les mots et les sons. La lecture n’est pas loin pour Margaux et Tom alors qu’Aylan, le plus petit, est loin d’être perdu : « Il a beaucoup d’oreille, reconnaît l’institutrice. L’avantage de la classe unique, c’est qu’on n’est pas figé sur les programmes d’une année. on peut les accorder sur plusieurs années, et travailler dans la continuité. »

Des thèmes communs

Les élèves sont, ensuite, tous regroupés sur des thèmes communs, mais adaptés au niveau de chacun. On aborde ainsi la mythologie grecque, avec la jolie Percéphone, fille de Zeus et Démeter. Les plus jeunes montrent leurs dessins, les grands répondent aux questions. Qui est Démeter ? « C’est la déesse du blé et des saisons », répond Hugo.

L’élevage des phasmes, ces insectes en forme de bâtons, donne également lieu à de multiples exercices, à niveau variable. Les grands étudient le cycle de vie, la chaîne alimentaire. Les petits distinguent le thorax de l’abdomen.

La solidarité, entre grands et petits, semble une évidence. Il est 11 h 30. Lily récite Verlaine et Solal chuchote Jean Tardieu et son Conseil donné à une sorcière. On finit la matinée par chanter “Armstrong” de Nougaro. Là, on ne distingue plus : les voix et les danses s’entremêlent, du benjamin à l’aîné. Tout en haut des Cévennes, il n’y a pas d’âge pour chanter l’universalité.

Et aussi…

Un journal de l’école

« Moi, je suis un passionné du Titanic, regardez… » Dans le journal Lécocole, réalisé par les enfants d’Aujac, on apprend plein de choses sur les bateaux, les animaux… et on s’esclaffe en lisant les blagues faites maison ! Ce vendredi, les élèves ont pu présenter leur production aux journalistes de Midi Libre… qui leur ont parlé de leur travail en retour.

Des parents… restaurateurs

Les parents de la petite Lily, Laura et Romain Castex, tiennent le (très bon) restaurant Au secret d’Aujac. Un restaurant qui fait aussi… cantine scolaire ! « Ils votent et me disent quand c’est pas bon », rigole Laura, qui insère parfois dans les plats des saveurs de son pays d’origine : la Bolivie !

 
ADRIEN BOUDET